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vendredi 22 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -fin-


Pour finir, le travail sur la logique peut se commencer très tôt : l'idéal, en la matière, est tout simplement le tableau à double entrée, qu'on peut décliner de différentes façons. 
L’approche Montessori est extrêmement cohérente et convaincante car elle obéit à une série d’objectifs parfaitement précis. Tout d’abord l’enfant apprend à son propre rythme, en répétant le même exercice aussi souvent qu'il le désire, pour enfin arriver à de nombreux accomplissements couronnés de succès. De cette façon, il développe une attitude positive face à l'apprentissage. Chaque nouvel échelon est basé sur ce que l'enfant a déjà maîtrisé. Ainsi, on lui enlève le risque d’échec. Quand les réussites s'enchaînent, cela lui donne une confiance en lui et le rassure.
Un autre point très positif est que ce système aide l’enfant à développer des habitudes de concentration. Un apprentissage efficace présuppose une capacité d'écouter attentivement et de suivre des consignes. Grâce à une série d'expériences captivantes, l'enfant accroît graduellement son pouvoir de concentration. S’y ajoute le désir permanent d’aller plus loin. Une curiosité profonde, persistante et constante est indispensable à un apprentissage créatif. En fournissant à l'enfant des moyens de découvrir, de qualifier, d'explorer et d'établir des relations applicables à toute situation d'apprentissage, on stimule son désir naturel d'apprendre. Cela permet en outre de développer des habitudes d'initiative et de persévérance.
Par ailleurs on encourage des habitudes d'initiative : les consignes sont très claires et une fois un travail commencé, on doit le terminer et une fois terminé, on se doit de le ranger. Cette exigence de finir un travail stimule graduellement chez l'enfant des habitudes de ténacité. Il me faut bien avouer que si nous avons su développer chez nos filles cette ténacité, leur aptitude à l’ordre ne s’est pas du tout épanouie. Normalement dans une classe Montessori, chaque article est a sa place et l’enfant acquiert une certaine discipline en matière de rangement. Que s’est-il passé chez nous ? Je crains que, pressée par les autres tâches à accomplir, ou par le désir d’en faire plus, je ne me sois trop systématiquement chargée de la remise en place des matériels et que les filles n’aient pas acquis ces réflexes d’ordre que Montessori est censé développer chez l’enfant.
 Montessori aide bien sûr l’enfant à développer ses habiletés sensorimotrices. Ce développement est stimulé grâce à la manipulation d'une variété de matériel conçu à cette fin. Les découvertes de la doctoresse Montessori et les conclusions de la psychologie moderne ont inspiré la conception d’un matériel didactique qui a fait ses preuves. Des tâches qui requièrent le raffinement de la fine et la grosse motricité permettent à l'enfant d'acquérir un contrôle sur ses mouvements. Les mouvements musculaires exécutés dans plusieurs des tâches et des exercices de base sont en fait une préparation indirecte à l'écriture.
 Confronté à des stimulantes de triage et d'assemblage qui leur permettent de reconnaître les similitudes et d'identifier les différences quant à la taille, la forme, la couleur, la texture, l'odeur, le son, etc l’enfant développe sa capacité de choisir et de juger. On stimule donc son acuité sensorielle. Sa capacité de décrire son monde sera proportionnelle au raffinement de ses sens. Grâce à des activités stimulantes, on encourage l’enfant à exprimer et à mettre en pratique ses expériences d'apprentissage. En lui donnant l’occasion de s'exprimer au moyen du mouvement, de formes, de couleurs, de sons on l’aide à développer sa créativité et son imagination. Les exercices de vie pratique, le matériel sensoriel, les mathématiques, la musique, les arts, la langue et les sciences sont à la base de son apprentissage. Plus tard, cette fondation lui servira afin de mieux saisir le sens des mots, des idées et des concepts nécessaires à la lecture.
Finalement l'approche Montessori aide l’enfant à développer des habitudes de travail, une bonne attitude, des habiletés, de la gratitude et des idées qui sont indispensables à tout apprentissage tout au long de sa vie. Même si nous ne l’avons appliquée qu’imparfaitement, et avec des digressions nombreuses, nous restons persuadés que ces bases ont été d’un grand secours pour la suite de leur développement. 


Nous avons, durant cette période, construit les matériels Montessori, qui n'existaient pas à l'époque (fin des années 80) mais on en trouve actuellement sur de nombreux sites, ainsi que des fiches pour les utiliser au mieux. Notre autre fournisseur de matériel pédagogique était Nathan, qui offre, en matériel scolaire, un grand choix de jeux éducatifs, solides, sobres et de qualité.

jeudi 21 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -15-


Additionner, soustraire, multiplier et diviser des nombres à quatre chiffres s’apprennent sans difficulté avec les « perles dorées ».
 Pour additionner,  l’enfant prend une quantité de perles sur un plateau, une autre quantité sur un autre. Puis il sélectionne les cartes correspondant à la représentation de ces deux quantités. Il combine ensuite les deux quantités sur un grand plateau et sélectionne de grandes cartes pour représenter le total.
Le principe de l’addition avec retenue se comprend parfaitement grâce à un matériel complémentaire, des jetons en forme d’anneaux qui s’enfilent sur des peignes verticaux dont la taille est conçue de telle façon qu’on ne puisse pas en empiler plus de 10. Dès lors qu’il faut ajouter 5 à 8, l’enfant constate qu’il a réalisé au passage une dizaine, et qu’il obtient un résultat comportant 2 chiffres, le 1 de la dizaine et le 3 des unités. Il paraît que Marie se souvient très précisément de ce matériel qu’elle a, dit-elle, particulièrement adoré. La raison peut en sembler futile : les anneaux de plastiques avaient une odeur particulière qu’elle trouvait très agréable, et elle avait un grand plaisir à l’utiliser. Ce qui est amusant dans cette anecdote c’est qu’elle montre combien le plaisir est important dans l’apprentissage car Marie empilait joyeusement ses anneaux juste pour manipuler ces jetons dont l’odeur lui plaisait.
Pour la soustraction, on place une importante quantité de « perles » avec les grandes cartes correspondantes sur un large plateau. Puis on donne un plateau plus petit à l'enfant avec un nombre inscrit sur une petite carte. L'enfant "enlève" cette quantité de perles du large plateau et la met avec les petites cartes. Enfin, l'enfant trouve les cartes équivalant à la quantité restant sur le grand plateau, ce qui représente la réponse. Avec ce jeu les enfants ont la réelle impression que la soustraction est la mise en morceaux d'un grand nombre en d'autres plus petits.
Lorsqu'il apprend la division, on dit à l'enfant que la division signifie le partage équitable entre plusieurs « personnes » et que la réponse est toujours ce qu'une de ces personnes reçoit. S'il doit diviser 1574 par 3, il commence par prendre le matériel pour représenter le nombre 1574. Il doit alors partager cette somme de façon équitable entre trois plateaux, en commençant par le Cube du Millier. Puisqu'il ne peut évidemment pas diviser le cube, il l'échange contre 10 Centaines. Il possède maintenant 15 Centaines - les 10 nouvelles plus les 5 du départ - et il commence à les distribuer entre ses trois plateaux. Chaque plateau reçoit 5 Centaines. Ensuite il distribue les 7 Dizaines. Après en avoir mis 2 dans chaque plateau, il se retrouve devant le problème du début: il lui reste une dizaine qu’il ne peut partager. Il l’échange alors contre 10 unités et se retrouve avec 14 unités. Après avoir posé 4 unités par plateau, il réalise qu’il ne peut pas faire un tour de plus, il lui reste deux petits cubes en main. La réponse est ce qu'un plateau a reçu, 524, avec un reste de 2.

Pour la découverte des fractions nous avions un autre jeu éducatif sensationnel, très ludique et très efficace, le loto des tartes. Tout une série de cartes représentaient des portions de tartes aux fraises ou aux pommes, fort appétissantes et l’on apprenait dans un premier temps à les reconnaître, à les nommer, à les comparer et à les assembler. Mais l’originalité du jeu et ce qui faisait son côté éducatif très efficace, était que la série de cartes photographiées sur carton était complétée par une série identique de cartes transparentes et superposables, grâce auxquelles on pouvait reconstituer la tarte entière. On apprenait ainsi, avec un vague parfum de gourmandise, à ajouter à une demie tarte un quart, puis un huitième, puis un autre huitième pour obtenir finalement le gâteau entier prêt à être dégusté !

mercredi 20 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -14-


Par contre le matériel Montessori a été omniprésent pour l’apprentissage des mathématiques. Dans une classe Montessori on apprend les nombres à l'enfant grâce à un ensemble de barres rouges* et bleues qui représentent les quantités de un à dix. L'enseignant aide l'enfant à compter les parties alternativement rouges et bleues de chaque barre alors qu'il les arrange en forme d'escalier. L'enfant appelle la plus petite Barre Un, la suivante Deux, et ainsi de suite. La Barre Numéro Deux est un élément, elle est aussi égale à deux Barres Numéro Un.
En travaillant avec ce matériel, l'enfant gagne l'opportunité de découvrir de nombreux faits mathématiques. Par exemple, s'il place la Barre Numéro 1 sur la même ligne que la Barre Numéro Deux, il aura exactement la même longueur que la Barre Numéro Trois. L'enfant est également capable de voir des divisions de base; par exemple, la Barre Numéro Deux s'ajustera sur la Barre Numéro Six exactement trois fois.
Il peut aussi utiliser les barres pour les nombreuses combinaisons qui aboutissent à la Barre Numéro Dix. Il peut placer la Barre Numéro Un à côté de la Barre Numéro Neuf, la Barre Numéro Deux à côté de la Barre Numéro Huit, la Barre Numéro Trois à côté de la Barre Numéro Sept, la Barre Numéro Quatre à côté de la Barre Numéro Six, et deux fois la Barre Numéro Cinq. 

La découverte  du système décimal se fait grâce aux "Perles Dorées" (les miennes étaient roses !). La petite perle représente une Unité. La barre faite de 10 Unités représente une Dizaine. Dix Dizaines regroupées entre elles forment un carré pour représenter une Centaine, et une pile de 10 carrés de Centaines forment un cube et représentent un Millier. Impossible bien sûr en ces temps reculés (nous étions dans les années 80) de trouver un tel matériel tout fait, et j’avoue que la perspective d’ enfiler des centaines de perles (et plus je n’avais que des perles roses nacrées pas très belles!!) sur des fils de fer pour leur donner une certaine rigidité m’a un peu affolée. 


J’ai laborieusement commencé ce travail de titan, mes barre des dizaines étaient vaguement tordues et rarement de même longueur, et je n’étais guère satisfaite de l’allure de mon matériel, quand j’ai eu la chance de découvrir chez Nathan un matériel très comparable, constitué de petits cubes d’aspect crémeux, très agréables au toucher. La dizaine était une jolie barre striée de 10 cubes, la centaine un carré bien régulier et le millier un cube très évocateur. On explique à l’enfant que compter de grandes quantités d'unités est maladroit et prend du temps. C'est ainsi que dès qu’il possède 10 Unités il les échange contre une Dizaine. Lorsqu'il a 10 Dizaines il les remplace par une Centaine et s'il a 10 Centaines il les échange contre un Millier. Les cartes des chiffres correspondant sont écrites de différentes couleurs pour indiquer les colonnes du système décimal. On écrit les Unités en vert, les Dizaines en bleu, les Centaines en rouge et les Milliers en vert de nouveau (parce que les Milliers sont en réalité les Unités de Milliers, suivis par des Dizaines de Milliers, etc...).

* Les barres rouges : sans doute la matériel Montessori le plus simple à fabriquer : il suffit d'avoir un tasseau que l'on coupe aux bonnes dimensions (10, 20, 30 ... jusqu'à 100 cm) et qu'on peint en rouge !

mardi 19 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -13-

 C’est vers l’âge de 4 ans que Marie a manifesté un intérêt puissant pour la chose écrite. Nous étions très méfiant sur l’utilisation d’une méthode globale ou semi globale, et avons choisi une méthode très particulière, celle mise au point par Clothilde Silvestre de Sacy qui s'adresse plutôt aux enfants dyslexiques et en difficulté solaire. Cette méthode, phonétique et gestuelle, appliquée dès le début de l'apprentissage et surtout suivie jusqu'à la fin sans faiblir, a largement fait ses preuves pour tout enfant en âge de commencer à lire.
Cette méthode, mise au pont par Suzanne Borel-Maisonny fut publiée en 1949.  Elle était au départ destinée aux enfants présentant des troubles du langage ou de l'expression. La première partie de cet ouvrage intitulée Lecture comportait un premier chapitre Comment apprendre à lire présentant la méthode à  l'attention "des enfants qui n'apprennent à lire qu'avec peine": représentation spatiale; épellation phonétique; symbolisation gestuelle; notion de nombre et de rythme; écriture. Le deuxième chapitre Rééducation des dyslexiques comportait un Atlas des gestes de la méthode de lecture. Les gestes proposés sont de quatre type : représentatifs d'une forme graphique, d'une forme articulatoire, de l'idée d'écoulement, d'une petite scène (phonomimie).


Cette méthode de lecture a ensuite été vulgarisée grâce à l'ouvrage de Clothilde Silvestre de Sacy : Bien lire et aimer lire, Paris, ESF éditeur, régulièrement réédité depuis 1963. Elle est très ludique, demande un apprentissage de la part des parents pour lesquels les signes associés aux lettres et aux sons doivent devenir de vrais automatismes, mais c'est un vrai bonheur de la pratiquer ! J'en conserve un délicieux souvenir ! A avec la paume ouverte, I en levant l'index, CH en en pinçant les joues, GN en faisant glisser son index à cheval sur son nez, OIN en faisant avec le pouce et l'index un geste de petit canard  ... vous trouverez ici tous les signes associés aux sons, et un rappel de cette méthode absolument magique pour apprendre à BIEN lire, très vite.

Marie a su lire en environ trois mois et elle est devenue immédiatement une dévoreuse de livres. Ce plaisir et ce désir de lire ne l’ont jamais quittée, et c’est sans doute grâce à cela qu’elle a acquis très précocement une culture littéraire réelle. Nous avons bien sûr repris la même méthode avec Hélène, mais avec elle, nous avons rencontré une difficulté inattendue qui nous a un peu compliqué la tâche. Ayant parlé très tôt, elle avait au moment d’entamer l’apprentissage de la lecture un vocabulaire déjà assez développé. Au début les choses se sont bien passées. Mais dès qu’elle a su se débrouiller un peu, Hélène s’est mise à anticiper le déchiffrage et lisant le début d’un mot, d’après son allure elle inventait la suite. Ayant à lire le mot DEMANDE, elle décryptait DEMA, et sans aller plus loin elle disait DEMAIN. Elle appliquait ainsi une sorte de semi-globale, de sa propre initiative, pour aller plus vite, par besoin de brûler les étapes. Et dès que les mots se compliquaient ce travers s’accentuait. Après quelques mois de batailles inutiles, nous avons carrément tout repris à zéro, imposé de nouveau le déchiffrage lettre à lettre, avec plus de rigueur qu’au début, et Michel lui a patiemment mais fermement réappris à lire. Mais elle a gardé très longtemps ce travers qui réapparaissait dès que nous lui imposions une lecture à haute voix.
Pour l’apprentissage de l’écriture, ayant acquis les pré-requis avec Montessori, nous avons utilisé de simples cahiers de lettres puis de mots, très classiques et totalement basiques, mais qui ont fait leurs preuves depuis de nombreuses générations d’écoliers. Ni l’une ni l’autre n’avait un graphisme d’une grande élégance mais dans l’ensemble cette étape nous assez peu retenus et sans doute n’y avons-nous pas accordé toute l’attention nécessaire.  Elles savaient tenir un crayon, nous avons essayé qu’elles écrivent du mieux possible, ce qui avec Hélène n’était pas très réussi, mais globalement il n’y a pas eu de catastrophe notable. Et, devenues adultes, elles ont une fort jolie graphie l'une et l'autre, surtout quand elles m'écrivent des mots d'amour !



lundi 18 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -12-


L’étape suivante utilise un matériel original mis au point par Maria Montessori, les jeux de lettres rugueuses. Chaque lettre de l’alphabet est découpée dans du papier de verre fin et collée sur une carte individuelle d’environ 12 cm. L’enfant suit le tracé de la lettre avec deux doigts, dans le sens qui sera celui de l’écriture. En utilisant ce matériel* il a trois impressions : il voit la forme, il sent la forme, et il entend le son de la lettre qu’on répète en la lui présentant. Le fait que la lettre soit en papier de verre lui permet d’en fixer la trajectoire dans sa mémoire musculaire et l'aide à être précis dans le geste. Ce n'est pas l'apprentissage de la lecture mais l'acquisition d'un pré-requis de reconnaissance des formes, et de mémoire des sons qui permet d'aborder ensuite plus aisément la lecture.
Enfin en utilisant les formes évidées des plateaux à encastrer comme guides de tracé, on introduit l’usage du crayon qui permet à l’enfant de dessiner la forme géométrique en suivant les bords de la partie vide du puzzle, puis de la colorier en essayant de ne pas déborder du contour. Cela développe sa maîtrise musculaire et lui fait prendre conscience qu’il devient capable à son tour de tracer des lettres avec un crayon. C’est ce que le docteur Montessori appelait « l’explosion dans l’écriture ».
Les premiers rudiments…
Dès lors, tout est en place pour commencer à « apprendre » pour de vrai. Dans une véritable démarche Montessori, l’écriture précède toujours la lecture. L'enfant de trois, quatre ou cinq ans possède une fascination unique pour les mots, à la fois écrits et parlés. Cette fascination le rend capable de commencer à lire et écrire bien avant l'âge auquel on le lui enseigne traditionnellement. Ainsi quelques uns veulent lire à quatre ans, d'autres à cinq et d'autres encore à six ans. Le plus important est le moment exact de disponibilité. Si un enfant commence trop tôt, il sera découragé. Si on le force à dépasser le moment de sa période d'intérêt initiale, il ne sera plus autant motivé par l'impulsion de cette période d’enthousiasme naturel. Le vrai challenge consiste donc à être disponible au moment où l'enfant présente de l’appétence pour la chose écrite : c'est facile à détecter, il veut tout lire et demande sans cesse aux parents épuisés ce que signifient ces signes mystérieux !!
Avec l’enthousiasme des parents néophytes et impatients de voir leur enfant progresser, nous avons voulu appliquer la méthode Doman. Le livre vous fut offert par sa marraine et nous avons foncé ! J'ai fabriqué des quantités de petites pancartes, papa, maman, poupée, que sais-je ... Marie avait alors environ 3 ans et il est clair que la lecture ne l’intéressait pas encore. Elle se lassa vite de reconnaître les cartons que je lui présentais et j’en retirais la leçon qu’il était absolument nécessaire de répondre à sa demande de découverte et non de l’anticiper. Les parents attentifs remarquent qu’à un certain moment, variable je l’ai dit selon chacun, les enfants se mettent à éprouver un intérêt explosif pour la chose écrite. Ils veulent déchiffrer les enseignes, sont intrigués par les panneaux indicateurs, voudraient lire les instructions, s’emparent avec sérieux des livres que lisent leurs parents, interrogent sans cesse ceux-ci pour savoir ce qui est écrit partout. Leurs propres livres ne les attirent plus pour les images mais pour le texte, qu’ils veulent qu’on leur lise en leur montrant les mots, et qu’ils répètent souvent par cœur en suivant les lignes du doigt, faisant « comme s’ils lisaient ». C’est un jeu, qui amuse beaucoup les parents qui y voient une tentative d’imitation des adultes. Mais c’est surtout un signe qu’il serait vraiment dommage de négliger car alors l’enfant motivé et très désireux de franchir cette étape, est capable d’apprendre à lire en un temps record, et surtout de le faire très bien. La qualité de son apprentissage sera alors telle qu’il deviendra très vite un vrai lecteur, qualité que l’on a beaucoup de mal à créer ensuite pour les enfants qui auront abordé la lecture trop tard, et donc, laborieusement.

* Proposition d'utilisation des lettre rugueuses: Voir sur le blog de Croi'yous

dimanche 17 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -11-

 L’apprentissage de l’écriture commence très tôt avec de nombreux exercices sensoriels. En effet, pour être capable d'écrire, un enfant doit développer une double aptitude: il doit apprendre la forme des lettres et leurs sons correspondants, et il doit développer l'aptitude musculaire nécessaire pour l'utilisation du crayon et sa maîtrise. Les premiers exercices ont pour but de lui faire acquérir les pré-requis nécessaires pour développer ces aptitudes.     
 Une habitude de l’écoute attentive rend l’enfant capable de percevoir des différentes subtiles entre le son des lettres. La reconnaissance des différentes formes géométriques, sous forme de solides d’abord, sphère, cylindre, cube etc… puis sous leur forme plane, lui fait prendre conscience plus facilement des formes caractéristiques des lettres de l’alphabet. La manipulation des formes planes se fait grâce à des plateaux en bois représentant différents types de triangles, des rectangles de tailles différentes, des polygones variés, des cercles, des figures irrégulières à quatre côtés et des figures aux courbes diverses. Chaque forme a un bouton de préhension qui permet à l'enfant de la bouger à l'extérieur et à l'intérieur de son cadre en bois.  


 Au début, il réalise ceci comme un puzzle. Ensuite il assemble les formes en bois avec les formes similaires sur des cartes imprimées. Le premier ensemble de cartes présente chaque forme imprimée dans un bleu plein. Le deuxième ensemble possède la forme représentée avec un tracé épais de crayon bleu, le troisième enfin offre les formes dessinées par une ligne fine de crayon bleue. L'enfant associe les formes en bois aux trois ensembles de cartes, il fait petit à petit la transition d'une forme solide à une forme tracée avec un crayon. C'est une préparation efficace à la reconnaissance des formes différentes des lettres et des chiffres écrits. L’activité développe non seulement la prise de conscience des formes mais aussi le vocabulaire. 


Enfin cet exercice s’accompagne d’un développement de la préhension fine, que l’on enrichira par une autre activité: celle de l’arbre à boulons. Là, il s’agit de visser sur un arbre de bois différents boulons de tailles différentes. Le développement de la préhension fine est un stimulant nécessaire à l’apprentissage de la tenue correcte du crayon, car il permet la musculation des doigts, et le développement d’une certaine agilité.
L’erreur que commettent de nombreux jeux éducatifs « à l’imitation» de Montessori est d’offrir aux enfants des jeux dans lesquels les systèmes de préhension sont trop gros pour leurs petits doigts et font travailler toute la main, ou bien de mêler formes et couleurs dans les jeux du type encastrement des formes, alors qu’il est nécessaire que l’enfant concentre son attention sur la découverte des formes. Ainsi les plateaux d’encastrement sont blancs et les formes uniformément bleues, pour ne pas le distraire de l’objectif principal, la reconnaissance des formes.


samedi 16 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -10-


Les premières étapes: la stimulation des sens
           Avant 2 ans l’enfant va se passionner pour le matériel sensoriel qui l’aide à distinguer, à classer et à associer une nouvelle information à ce qu'il connaît déjà. Le Dr. Montessori pensait que ce processus était le départ d'une connaissance consciente puisque l'intelligence se concentre sur les impressions procurées par les sens.  La tour rose*, ensemble de dix cubes de taille graduée de un à dix centimètres de côté, va lui apprendre le concept des trois dimensions. Il est important que tous les éléments soient de même couleur, forme et matière, et que les cubes aient une certaine densité. Il faut éviter le polystyrène car la notion de poids fait partie de l’apprentissage. Pour effectuer l'exercice, l'enfant doit reconnaître la graduation en taille et construire la tour en commençant avec le plus grand cube et en plaçant finalement le plus petit tout en haut. L'exercice est autocorrectif parce qu'un élément placé dans un ordre incorrect serait immédiatement visible et pourrait faire tomber la tour. 

 Les dix barres rouges, de dix centimètres à un mètre de longueur, l’escalier vert (ou marron), groupe de parallélépipèdes sont des exercices complémentaires qui font découvrir la longueur et le volume. 

 Dans le genre "jouet étiqueté pédagogique" : une copie de la Tour Rose par un fabricant de jouets qui offre à l'enfant trop de critère, et brouille l'apprentissage : couleurs, formes (étoile, triangle), taille, lecture, dessins, il faut rester sobre et s'en tenir aux recommandations de bon sens de Marie Montessori !

On stimulera ainsi tous les sens, le toucher grâce à un ensemble de formes de toutes sortes, sphère, cube, anneau, cylindre … chaque forme existant en différents matériaux, fer, bois, plastique, liège… Le tout est enfermé dans une petite poche dans laquelle l’enfant puise sa main et tire un objet au hasard. Il doit annoncer à l’aveugle ce que c’est. Au début il devra identifier les formes, puis les matériaux, puis être capable de trouver au toucher une forme précise demandée par l’adulte. La boîte à odeur comprend au début quelques parfums faciles à identifier, puis peut se compliquer quand l’enfant grandit. Les jeux auditifs vont lui permettre de deviner différents sons, et ce type d’exercice est lui aussi de longue haleine car on peut imaginer toutes sortes de sophistications des bruits. Le principe d’avoir à reconnaître des sons enregistrés sera repris plus tard pour l’étude des instruments de musique, du chant des oiseaux ou des bruits de la nature. 
La sensibilisation aux couleurs se fait grâce aux palettes colorées dont je parlais plus haut. La première introduction se fait avec six plaquettes : 2 rouges, 2 bleues, 2 jaunes. Toutes les plaquettes ont la même taille, forme et texture. Elles se distinguent seulement pour des couleurs très contrastées. Au cours de cet exercice, l'enfant forme des paires et apprend les noms correspondants.  Ou bien il donne à l’adulte la plaquette correspondant à celle que ce dernier lui montre. L'exercice sera progressivement rendu plus difficile en ajoutant graduellement d'autres paires de couleurs. Finalement, l'enfant devrait être capable d'associer et de nommer onze paires distinctes. À l’étape suivante l’enfant va découvrir les tons et la graduation des couleurs. Chacune des onze teintes existe en effet en huit tons différents du plus clair au plus foncé. L’enfant doit donc distinguer l’intensité des tons et être capable de remettre les plaquettes dans l’ordre. La manipulation des couleurs est très enrichissante et les arrangements produits ont le double mérite de former à distinguer des nuances infimes et aussi de développer le goût d’un agencement harmonieux. L’ensemble de toutes ces plaquettes forme un arc-en-ciel vraiment superbe.

* ANNEXE
Fiche technique du site Makimura 78
Comment présenter la tour rose ?

1-Il faut d’abord que l’enfant aille chercher le tapis et le mettre là ou il désire travailler à l’endroit désiré. Votre enfant doit apprendre à tenir son tapis verticalement à deux mains. Pourquoi vous allez me demander ? Afin que l’enfant apprenne à ne rien faire tomber sur son passage. Il doit s’appliquer dans sa démarche, afin de ne pas déranger ses camarades qui travaillent aussi.

2- Votre enfant doit dérouler doucement son tapis.

3- Après avoir préparé son « plan de travail », votre enfant doit aller chercher la tour rose. La tour rose doit être exposée dans l’ordre. L’enfant devra ainsi prendre les plus petits au plus grand cube.
4- Il les dépose dans le désordre sur le tapis

5- prendre le plus gros cube et le poser au centre du tapis
6- prendre le plus gros de ceux qui restent et le poser au-dessus du premier, bien au centre
7- continuer ainsi jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cubes
8- admirer la tour
9-  défaire la tour en enlevant les cubes un par. L'enfant doit s'appliquer à ne pas les faire tomber
10- votre enfant peut refaire l'exercice autant de fois qu'il le souhaite
11- l'activité terminée, il doitranger les cubes à leur place, en les transportant comme au début, un à un et dans l’ordre
12- rouler le tapis et le ranger à sa place en le transportant comme au début.

Variantes :

- faire la leçon à 3 temps (vocabulaire : gros, petit)
- la tour peut également être bâtie horizontalement

vendredi 15 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -9-


 Les premiers exercices de la vie courante utilisent la capacité qu’a l’enfant de se consacrer avec une attention très soutenue à un exercice en apparence inutile. Lorsqu’il construit, puis écrase et recommence sans fin un château de sable, refusant en général avec la dernière énergie l’aide de l’adulte qui voudrait lui montrer comment faire un beau château, avec douves, créneaux et pont-levis, lorsqu’il gribouille avec une touchante application des traits sans suite sur une feuille s’obstinant à ne pas reproduire le si joli modèle, pourtant bien simple que lui a dessiné l’adulte, l’enfant obéit à des motivations qui lui propres et qui correspondent à une étape de son évolution. Il n’a cure d’esthétique ou de vraisemblance, cela viendra plus tard, il apprend la précision, la concentration, il muscle ses mains ou ses doigts, il développe sa coordination.
C’est ainsi qu’il peut passer des heures à transvaser de l’eau d’une cuvette dans un seau, obstination que l’adulte attribue au plaisir qu’il prend à se mouiller, mais qui répond à son besoin d’atteindre un objectif pour lui difficile, bien verser chaque verre d’eau pris dans le seau dans la cuvette, et pas à côté. Comme il apprend, certes, il y a des ratés, et l’adulte pense qu’il le fait exprès pour la joie d’être inondé, mais l’adulte lit tous les événements et réalise très rarement le degré d’évolution réel de l’enfant. Particulièrement le parent d’un premier né qui anticipe toujours avec impatience les capacités de son enfant. Il ne le fait pas par orgueil ou par inconscience, au contraire, il a le plus souvent la volonté de l’aider, de lui apprendre des choses. Mais restons lucide que voulez qu’évoque un créneau à un enfant de trois ans qui n’a jamais vu un vrai château fort, ou qui s’il en a vu un n’a pas pu  retenir ce détail trop pointu ? Les douves à la limite pourront l’intéresser car il y verra matière à transporter de l’eau pour les remplir, constatera déçu qu’elle disparaît, écoutera attentif l’explication qu’on lui donne sur ce mystère, et s’en souviendra intuitivement plus tard.

jeudi 14 juin 2012

L'ERE PONTESSORI -8-

Il y a ensuite les jouets que je dirais commerciaux, qui correspondent à des modes de consommation. Je n’ai pas l’intention de porter un jugement de valeur sur ces indispensables objets de consommation qui relancent chaque année l’industrie du jouet vers de nouvelles inventions. L’enfant scolarisé voit ses copains arborer fièrement les derniers avatars vantés de plus à grand renfort de publicité qu’il faudrait être bien sourd pour ne pas entendre. Les parents sont obligés, peu ou prou d’en passer par là, et il n’y a aucune parade, sauf à conjuguer de façon plus qu’improbable l’enfant non scolarisé et l’absence de télévision à la maison. Avouez que c’est un comble ! Cette situation nous a bien sûr éviter d’avoir à sacrifier aux rituels de la mode, avec toujours une vague mauvaise conscience, même si, a priori la cause semble juste. N’avons-nous pas frustré nos fillettes en les privant de Barbies ou autre … Vu l’usage qui en est fait dans les familles, ces jouets étant faits pour se succéder le plus rapidement possible, nous avons apaisé rapidement nos scrupules en nous disant que l’avenir nous donnerait la réponse. Il ne semble pas que, parvenues à l’âge adulte elles en aient gardé une amertume particulière, seuls quelques petits regrets ponctuels qu’elles énoncent aujourd’hui avec amusement, sur le ton de l’anecdote, voire du souvenir d’enfance
Il y a enfin, et c’est d’eux que je voulais parler, les jeux dits pédagogiques. Ceux qui, inspirés de près ou parfois de très loin, des principes de la pédagogie Montessori, offrent à ceux qui les achètent une bonne conscience en prime. Ce ne sont sans doute pas les plus vendus sauf pour le tout-petit qui voit s’entasser dans son berceau toutes sortes de faux livres et  autres jouets supposés stimulants, égrenant joliment tintement ou crissements, mélangeant les couleurs et les formes pour théoriquement l’éduquer. Oui mais voilà, il y a à ce propos un double malentendu qu’il est sans doute cruel de vouloir dissiper, mais ces modestes lignes ne nuiront en aucune façon à l’industrie du jouet pédagogique, je peux donc les écrire par acquis de conscience. Le premier problème est que le matériel préconisé par Maria Montessori, encadrements, encastrements, tri etc. … doit impérativement être sobre pour ne présenter qu’un type de difficulté à la fois à résoudre et s’il est ludique ce n’est pas, par définition un jouet. C’est un matériel d’apprentissage, qui doit obéir à certains impératifs de taille, de couleur, de commodité, impératifs qui le ne le rendent pas forcément très attirant pour les parents.  Or le parent reste l’acheteur, et les industriels doivent séduire son sens compliqué de l’esthétique, plutôt que d’assurer  à l’enfant un outil efficace. 

Alors ils multiplient les fioritures, surchargent le jouet, commettent de véritables hérésies pédagogiques. Qui en a cure ? L’important est que l’objet soit acheté, et il l’est d’autant plus volontiers qu’il « fait » sérieux » tout en étant joli. Et c’est de ce premier travers que découle le second problème que tout parent censé a constaté avec étonnement, l’attribuant à la versatilité de son enfant. Ce dernier, mis en présence de la petite merveille, heureux de la découverte s’intéresse quelque temps au nouvel objet, le tourne, le tire, le dépèce volontiers si c’est possible puis l’abandonne. Dans le meilleur des cas, et alors finalement le jouet remplit son office envers et contre les adultes, il lui trouve une destination incongrue, qui alarme les adultes, mais qui au moins a le mérite de satisfaire sa soif d’apprendre et de toucher. Car non seulement le matériel Montessori doit obéir à des impératifs précis de stimulation des sens, mais en plus il ne doit pas être utilisé à tort et à travers. Donner à l’enfant un matériel de tri sans lui expliquer précisément ce qu’il doit en faire, sans l’aider au début, sans le féliciter quand il parvient au résultat recherché, sans l’aider à corriger ses erreurs quand il en fait, contredit le principe de base de la méthode qui dit que « Tout travail commencé doit être Préparé - Réalisé -Terminé -Évalué - et éventuellement corrigé en cas d'erreur ». Alors loin de moi l’idée de culpabiliser les parents qui achètent de tels jouets à leurs enfants, mais n’imaginez pas que vous leur fournissez un outil d’apprentissage, cela reste un jeu, et si votre enfant lui invente une autre destination, c’est qu’il aura trouvé de lui-même un usage sans doute plus profitable pour lui à ce stade de son développement. N’en soyez pas contrariés, c’est bon signe !

mercredi 13 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -7-

J’ai le souvenir d’avoir fait tous ces bricolages alors que Marie riait en contemplant les cubes de polystyrène colorés pendu sur un cintre de bois qui tenait lieu de mobile au dessus de son berceau. «En ce temps-là », même les mobiles n’étaient pas très répandus dans le commerce, et j’avais préféré confectionner ce montage léger plutôt qu’acheter un décor plus destiné à plaire aux parents qu’à éveiller l’enfant. Ce fut, d’ailleurs, l’éternel problème des jeux et jouets du commerce durant toute la petite enfance de nos filles. 
 
  Les catalogues de jouets offerts à la convoitise des enfants sont tous basés sur les mêmes critères de provocation d’acte d’achat. En gros on peut les classer en trois groupes. Il y a d’abord les jouets « affectifs », peluches, poupées, doudous, animaux divers. Ces jeux à câliner s’inspirent actuellement de plus en plus des séries télévisées, c’est nécessaire car les tout-petits connaissent de plus en plus tôt Pikachu,, les Digimon ou les Teletubbies*. Mais on trouve toujours des variétés incroyables d’ours et autres agneaux, chiens ou souris, plus destinés à faire craquer les parents qu’à retenir longtemps l’attention des enfants. Je me souviens d’un Noël où nous offrîmes à Marie, âgée de 2 ans, une énorme chatte plus vraie que nature, tenant dans la gueule son petit. L’ensemble était attendrissant, et nous avions craqué ! Au moment magique du déballage, nous attendions avec espoir la réaction de notre fille. Elle fut terrible, l’enfant fondit en larmes, impressionnée par la taille de l’animal, trop réaliste et qui lui fit peur. La peluche fut reléguée dans une caisse sombre d’où elle ressortit triomphalement beaucoup plus tard, redécouverte avec bonheur par sa petite sœur qui n’avait pas comme elle une répulsion naturelle pour tout ce qui avait une consistance de fourrure, vraie ou fausse. Notre sens de l’esthétique ne correspond pas vraiment à celui du bébé, et les enfants s’attachent à de véritables horreurs qu’ils ne quittent plus, négligeant superbement toutes les petites merveilles qu’on leur a choisies avec soin, se faisant en général beaucoup plaisir en les achetant ! Ce n’est qu’à l’adolescence qu’ils deviennent sensibles à l’esthétique des peluches, et c’est souvent l’âge des redécouvertes dans la caisse aux trésors oubliés. 

Dans le domaine des poupées, l’imagination des fabricants n’a aucune limite, et du poupon noir pour parent soucieux de prévenir le racisme chez son enfant, à la poupée « amie » qui parle et se livre à tout un tas de facéties susceptibles d’amuser la fillette (plus rarement le petit garçon, mal ciblé pour ce genre de produit), des couches à changer aux cheveux à peigner. Inutile de me livrer à un inventaire en la matière il vous suffit de vous plonger dans les catalogues du Père Noël au moment des fêtes de fin d’année. Vous y trouverez d’ailleurs l’équivalent pour garçons de la poupée, sous forme de chars ou de guerriers fringants et verdâtres.

* Pardon, je ne suis pas très au courant et mes références datent !!

jeudi 9 décembre 2010

L'ERE MONTESSORI -6-


Nous avons bien sûr appliqué toutes les découvertes Montessori en matière d’aménagement de la chambre de nos filles. Mais il n’y a de nos jours plus rien de très original à organiser cet espace pour que l’enfant s’y sente chez lui. Notre société de consommation a trouvé son compte dans le marché important que représentent les objets adaptés à la taille et aux mains du tout petit. Il ne viendrait plus à l’idée d’aucun parent de priver son enfant d’une brosse à dent miniature, de résister devant un portemanteau ludique, et nous avons tellement adopté cette philosophie que les maisons regorgent d’objets miniature, parfois jusqu’à l’excès.

Mais les apprentissages ne pouvaient se limiter à des tâches ménagères ou à des aménagements agréables mais somme toute bien classiques du cadre de vie. Je me lançais donc avec entrain dans la construction des matériaux de base, que l’on trouve maintenant tout faits via Internet sur le site Maria Montessori en France ou plus simplement encore chez Nathan Pédagogie. Je coupai, collai, peignis, ponçais sans relâche la tour rose, l’escalier vert et les barres rouges. La tour rose, constituée de 10 cubes de 1 à 10 cm d’arête me donna particulièrement du mal. Etant plus pédagogue que bricoleuse, je ne choisis certainement pas la méthode la plus simple pour la confectionner : qu’on en juge. Je jetai mon dévolu sur du contreplaqué de 10, c’est à dire épais de 1 cm. Le premier cube certes ne me posa aucun problème. Mais si vous imaginez que je choisis de réaliser chacun des autres en partant de carrés de la taille voulue empilés en nombre suffisant pour atteindre ensuite la forme cubique, vous comprendrez que le dernier, résultat du collage minutieux de 10 carrés de 10 centimètres de côté, fut assez laborieux. Dans ce contexte, les finitions prenaient une allure de récompense, et  peindre les cubes en rose fut un vrai plaisir.
J’enfilai des barrettes de perles, achetai une scie sauteuse pour réaliser les plateaux d’encastrement, réalisés cette fois en balsa, et non plus en contreplaqué. Il fallut résoudre le délicat problème des systèmes de préhension des formes à encastrer, afin qu’il fût adapté à de petites mains.  Et lorsque je m’attaquai au plateau des étoiles, je butai sur l’épineuse difficulté des étoiles à 10 ou 12 branches. J’avoue avoir oublié celle qui me posa le plus de souci pour sa construction géométrique, mais il me fallu l’aide d’un ami professeur de mathématiques pour faire une figure régulière ! Je construisis aussi maints cadres de bois sur lesquels je fixai des bouts de tissus reliés par toutes sortes de fermetures pour apprendre la préhension fine, boutons, rochets, fermeture éclair et autres lacets. Le meilleur souvenir reste celui de la confection  des plaques du teintier destiné à apprendre à distinguer les nuances les plus subtiles. Je fis des centaines de rectangles de bois, car je voulais avoir mes jeux de couleur en double, et après les avoir munis de baguettes pour en faciliter la tenue, je les peignis avec soin. Il s’agissait, partant d’un blanc à peine cassé par une couleur de base, , d’augmenter chaque fois très légèrement la quantité de colorant afin d’atteindre au bout de 10 plaques la couleur pure. Le résultat était vraiment superbe, et c’est d’ailleurs le seul matériel Montessori que j’ai conservé, ayant offert les autres à une jeune institutrice.

mardi 7 décembre 2010

L'ERE MONTESSORI -5-


On pourrait résumer ainsi les idées forces de cette pédagogie :
·     L’enfant reste libre du choix de son travail
·     L’adulte respecte le temps d'acquisition de l’enfant
· Tout travail commencé doit être Préparé - Réalisé -Terminé - Évalué - et éventuellement corrigé en cas d'erreur
· L'enfant explore avec tous ses sens
· L’enfant a le droit à l’erreur, mais elle doit être corrigée 
· Toutes les disciplines sont liées
· L'acquisition de compétences est aussi importante que l'acquisition des connaissances
· Les adultes éducateurs se mettent au service de l'enfant pour l'aider à devenir un être libre.

Un enfant qui acquiert les capacités de lecture et d'arithmétique de base de cette façon naturelle possède l'avantage de commencer son éducation sans corvée, ennui ni découragement. Il éprouve un enthousiasme à apprendre, qui lui rend les apprentissages aisés.

Forts de cet exaltant viatique, nous avons entrepris de mettre en œuvre les conseils du médecin italien. La grande constante étant « l’école Montessori chez soi », rien ne s’opposait à ce que nous le fassions. Sauf peut-être l’étrangeté de la démarche et surtout l’absence totale de matériel pédagogique permettant de mettre en œuvre les méthodes préconisées.

Avant tout apprentissage: le cadre de vie de l’enfant:
 
           Tout commence par l’organisation de la maison. " Nous devons offrir à l'enfant un environnement qu'il peut utiliser lui-même : un petit lavabo, un bureau avec des tiroirs qu'il peut ouvrir ; des objets d'utilisation courante qu'il peut manipuler, un petit lit dans lequel il peut dormir la nuit sous une belle couverture qu'il peut remettre lui-même. Nous devons lui donner un environnement dans lequel il peut vivre et jouer ; alors nous pourrons le voir travailler toute la journée avec ses mains et attendre impatiemment pour se déshabiller lui-même et s'allonger sur son lit ».
 
Certes dans un premier temps, il était simple de réaménager les tiroirs de la cuisine pour permettre, à hauteur convenable, à l’enfant de ranger, en triant, les couverts après le repas, ou de lui faire transporter sans frémir des plateaux à sa taille comportant quelques verres fragiles, en lui expliquant l’importance de sa mission. Il ne faut pas avoir peur laisser l’enfant manipuler des instruments réputés fragiles ou dangereux, il en prendra le plus grand soin et, prévenu contre les risques se montrera d’une grande prudence avec les couteaux. Par contre J’avoue bien humblement que j’ai en la matière « sauté » quelques recommandations de base. La perspective de donner à mes filles un petit plumeau ou des instruments de ménage miniature a dû heurter l’ancienne soixante-huitarde assagie que je suis. Je l’aurais sans doute fait avec ardeur pour des garçons, mais là j’ai carrément négligé l’apprentissage de l’ordre et je découvre avec stupeur les conseils de Maria Montessori en la matière. Elle dit que les enfants de 2 à 6 ans prennent du plaisir à s'occuper de leur environnement, à nettoyer, à laver qu’il est parfaitement raisonnable de demander à des enfants plus âgés de ranger leur chambre et d'aider dans les tâches ménagères. Il est clair que j’ai oublié de leur apprendre à plier leur serviette de bain ou leurs vêtements le soir, et elles ont en la matière une incompétence qui risque fort de leur empoisonner la vie à l’âge adulte. Elles sont toutes les deux abominablement désordonnées, vivant sans problème dans un environnement proprement délirant qui leur rendra la vie compliquée plus tard. C’est bien la preuve que les prescriptions Montessori doivent être suivies avec humilité et sans y mêler ses propres convictions.


lundi 22 novembre 2010

L'ERE MONTESSORI -4-

L’autre argument est évidemment que cela donnerait aux instituteurs une responsabilité trop lourde, nos vieilles institutrices de campagne ou de banlieue n’avaient pas de telles angoisses qui se contentaient de faire preuve de pragmatisme, voire de réalisme. On ajoute que les parents exerceraient forcément des pressions sur le corps enseignants pour les convaincre que leur petit est un génie, comme si un tel argument était réaliste. Peut-on me dire quel genre de pression on peut exercer sur un fonctionnaire qui fait son travail avec conscience et bienveillance ? On ajoute enfin, et l’adversaire est terrassé que certains établissements plus conciliants que d’autres attireraient forcément les inscriptions et que les aprents s’efforceraient dès le primaire de déjouer la carte scolaire pour y inscrire à toute force leur rejeton supposé surdoué. On sait ce qu’il en est des stratégies de contournement de ladite carte scolaire qui donne des cauchemars à certains maires affolés de voir les enfants inscrits en masse dans leur commune ou réjouis de voir le prix des terrains monter au motif qu’ils abritent une école réputée. Ce n’est pas une telle mesure de bon sens qui aggraverait beaucoup le phénomène.

Le développement du petit enfant passant par des phases de sensibilité durant lesquelles il est naturellement plus réceptif à l’apprentissage de certains acquis, Maria Montessori mit à profit ces périodes pour aider l'enfant à découvrir par lui même des connaissances et des expériences  nouvelles en utilisant tous ces sens. Il commencera, selon ses observation, par les exercices les plus simples basés sur les activités que tous les enfants aiment. Le matériel qu'il utilisera à 3 et 4 ans l'aidera à développer sa concentration, sa coordination et les habitudes de travail nécessaires pour des exercices plus complexes qu'il accomplira naturellement à 5 et 6 ans. Le programme d'enseignement complet est résolument structuré. La pédagogie Montessori propose un parcours très précis, qui respecte les rythmes d’apprentissage de chaque enfant, et développe la confiance en soi, la motivation, la curiosité, la maîtrise de soi et les qualités d’adaptation.

samedi 20 novembre 2010

L'ERE MONTESSORI -3-

Il est regrettable que le dogmatisme administratif qui oblige tous les enfants à se couler dans un moule moyen supposé éviter d’en favoriser certains et ayant pour but de les aligner tous sur un schéma nivellateur néglige cette donnée primordiale du développement de l’enfant. Sur un laps de temps de 7 ans, une année passée pour les uns à s’ennuyer ou pour les autres à être déjà dépassés, c’est énorme et cela peut avoir des conséquences à long terme parfois désastreuses.
On l’admet volontiers, et encore de moins en moins, pour les enfants en difficulté, on brandit la menace de l’immaturité pour les autres. Il serait sans doute moins facile permettre à chaque enfant de développer ses talents quand ils apparaissent, et on ne peut inventer une école primaire à la carte qui serait sans doute ingérable. Mais reconnaître comme autrefois aux instituteurs, qui sont les premiers observateurs bienveillants de l’enfant, le droit de moduler pour certains l’obligation scolaire, et leur accorder le droit de proposer à certains parents d’accélérer le parcours de leur enfant, serait sans doute une bonne chose. J’entends déjà les protestations de tous poils, je connais bien mes collègues enseignants.
Premier argument, oui mais l’enfant qui a « sauté » une classe manquera forcément un jour de maturité et il sera alors obligé d’en redoubler une autre. C’est en effet la menace permanente qui pésera sur lui tout au long de sa "carrière scolaire", où à chaque conseil de classe les enseignants se pencheront avec commisération sur sa date de naissance et seront prêts à préconiser le redoublement à chaque petit décrochage. En fait, notre système très rigide qui inscrit l’un né en décembre en CP et garde l’autre né trois jours après début janvier en grande section est parfois aveugle. Et nombre de ces enfants jugés immatures sont en fait parfois vraiment trop jeunes, quoique dans la norme. La plupart des cas cités en exemple par le corps enseignant sont en fait ceux d’enfants de la fin de l’année qui, à un moment, ont un retard affectif sur les autres. Il est par contre très rare qu’un enfant qui a réellement sauté une classe se retrouve dans cette situation, car il pose rarement des problèmes dans la suite de sa scolarité, et quand tout marche bien, personne ne pense à regarder sa date de naissance pour se féliciter de cette initiative.

jeudi 18 novembre 2010

L'ERE MONTESSORI -2-

Puisque l'enfant détient cette capacité à apprendre en absorbant jusqu'à ce qu'il ait presque sept ans, le Dr. Montessori pensa que l' expérience de l'enfant pouvait être enrichie au sein d'une classe où il pourrait manipuler le matériel qui lui apporterait des informations éducatives de base. Grâce à un matériel adapté utilisable dès qu’il en ressent la curiosité, un jeune enfant peut apprendre à lire, écrire et calculer de la même façon naturelle qu'il apprend à marcher et parler. Le Dr. Montessori a toujours souligné que la main était le professeur principal de l'enfant. Pour apprendre il faut de la concentration, et la meilleure façon pour un  enfant de se concentrer et de fixer son attention sur quelques tâches accomplies avec ses mains. La conception du matériel est donc très codifiée pour répondre au plus près à cette utilisation fructueuse de ses mains. Les jouets inspirés de près ou de loin de la pédagogie Montessori, et tous les jeux éducatifs sont dans cette lignée même encore aujourd’hui, négligent trop souvent cet aspect pratique et leur gros défaut est souvent d’être mal adaptés à la préhension fine du jeune enfant. Le plus souvent pour des raisons d’esthétique supposée, pour séduire les parents ou pour simplement justifier leur prix, ces jeux s’ornent de fioritures parasites qui viennent contredire et compliquer les observations de bon sens du médecin italien et les rendent inutilisables. Les parents les trouvent jolis mais les enfants les négligent. Ils ne remplissent plus leur rôle.
 Une autre observation du Dr. Montessori, elle aussi confirmée par les recherches actuelles, est l'importance des périodes sensibles pour les premiers apprentissages. Ce sont des périodes de fascination intense pour apprendre une action ou un savoir faire particulier, tel que monter et descendre les marches, mettre des choses en ordre, compter et lire. C'est plus facile pour un enfant d'apprendre une chose particulière pendant la période sensible correspondante plutôt qu'à n'importe quel autre moment de sa vie. C’est ce que j’ai déjà souligné dans mon introduction en ce qui concerne la véritable passion qu’éprouvent les enfants pour la lecture vers 4 ou 5 ans, passion qui peut leur permettre d’apprendre à lire en un mois si on y répond en temps utile. Par contre, si on rate le rendez-vous il est beaucoup plus difficile ensuite de faire cet apprentissage.


mardi 16 novembre 2010

L'ERE MONTESSORI -1-


Née en 1870 en Italie, Maria Montessori,  était docteur en médecine. Elle se consacra à l'éducation des enfants défavorisés et "retardés mentaux", avant d'étendre sa pédagogie aux autres enfants. Elle fonda sa propre école à Rome en 1907. Maria Montessori pensait que chacun est le seul vrai moteur de son éducation. L'individu doit agir par lui-même ou il ne le fera jamais. C’est la curiosité naturelle et l’amour de la connaissance qui incite chacun à apprendre longtemps après les heures et les années qu'il a passées dans une classe. Le Dr. Montessori pressentit que le but d'une éducation de la prime enfance était donc permettre à l’enfant de cultiver et de développer son propre désir d'apprendre, se forgeant ainsi pour l’avenir la motivation qui le gardera toujours en éveil. La phrase clé de la pédagogie Montessori est "Aide-moi à faire seul".  Cette pédagogie est fondée sur la volonté d'aider l'enfant à se construire et à développer son autonomie à partir de  l'observation de ses rythmes de développement.

Pour ce faire, l’adulte s’appuie sur une aptitude étonnante de l’enfant que le Dr. Montessori appelle son "esprit absorbant". Dans ses livres, elle compare fréquemment le jeune esprit à une éponge. Il absorbe complètement et efficacement les informations provenant de son environnement. Le procédé est particulièrement évident dans la façon dont un jeune enfant de deux ans apprend sa langue maternelle, sans instruction formelle et sans effort, contrairement à la concentration fastidieuse dont doit faire preuve un adulte pour maîtriser une langue étrangère. Acquérir l'information de cette façon est pour lui une activité naturelle et agréable, au service de laquelle il utilise tous ses sens.
 
                 Dans son livre "L'esprit absorbant" le Dr. Montessori écrit, "La période la plus importante de la vie se situe entre la naissance et six ans et non pas durant les études universitaires. Ainsi, c'est le moment où le plus grand instrument de l'homme, l'intelligence, se forme. Non seulement son intelligence; mais toutes ses capacités psychiques... A aucun autre âge, l'enfant n'a de plus grand besoin d'une aide intelligente, et n'importe quel obstacle qui empêche son travail créatif diminuera la chance qu'il a d'atteindre la perfection". C’est maintenant une évidence psychologique de base d’affirmer que « Tout se joue avant 6 ans », comme l’ont proclamé tant de pédiatres et de psychologues après le docteur Dodson. Tout, y compris la stimulation intellectuelle, puisque non content de constater, avec de nombreux psychologues comme  le Dr. Benjamin S. Bloom de l'Université de Chicago, qui affirme, études à l’appui "Stability and Change in Human Characteristics" que "De la conception jusqu'à l'âge de 4 ans, l'individu développe 50% de son intelligence mature, de l'âge de 4 ans jusqu'à 8 ans il en développe encore 30%… », l’auteur démontre que ce sont les années primordiales de la formation de l’enfant qui « apprend à apprendre ». Mais le docteur Montessori était un précurseur en la matière, et son mérite a surtout été d’offrir aux adultes un programme cohérent et simple de mise en valeur de ces capacités exceptionnelles du tout petit.