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lundi 18 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -12-


L’étape suivante utilise un matériel original mis au point par Maria Montessori, les jeux de lettres rugueuses. Chaque lettre de l’alphabet est découpée dans du papier de verre fin et collée sur une carte individuelle d’environ 12 cm. L’enfant suit le tracé de la lettre avec deux doigts, dans le sens qui sera celui de l’écriture. En utilisant ce matériel* il a trois impressions : il voit la forme, il sent la forme, et il entend le son de la lettre qu’on répète en la lui présentant. Le fait que la lettre soit en papier de verre lui permet d’en fixer la trajectoire dans sa mémoire musculaire et l'aide à être précis dans le geste. Ce n'est pas l'apprentissage de la lecture mais l'acquisition d'un pré-requis de reconnaissance des formes, et de mémoire des sons qui permet d'aborder ensuite plus aisément la lecture.
Enfin en utilisant les formes évidées des plateaux à encastrer comme guides de tracé, on introduit l’usage du crayon qui permet à l’enfant de dessiner la forme géométrique en suivant les bords de la partie vide du puzzle, puis de la colorier en essayant de ne pas déborder du contour. Cela développe sa maîtrise musculaire et lui fait prendre conscience qu’il devient capable à son tour de tracer des lettres avec un crayon. C’est ce que le docteur Montessori appelait « l’explosion dans l’écriture ».
Les premiers rudiments…
Dès lors, tout est en place pour commencer à « apprendre » pour de vrai. Dans une véritable démarche Montessori, l’écriture précède toujours la lecture. L'enfant de trois, quatre ou cinq ans possède une fascination unique pour les mots, à la fois écrits et parlés. Cette fascination le rend capable de commencer à lire et écrire bien avant l'âge auquel on le lui enseigne traditionnellement. Ainsi quelques uns veulent lire à quatre ans, d'autres à cinq et d'autres encore à six ans. Le plus important est le moment exact de disponibilité. Si un enfant commence trop tôt, il sera découragé. Si on le force à dépasser le moment de sa période d'intérêt initiale, il ne sera plus autant motivé par l'impulsion de cette période d’enthousiasme naturel. Le vrai challenge consiste donc à être disponible au moment où l'enfant présente de l’appétence pour la chose écrite : c'est facile à détecter, il veut tout lire et demande sans cesse aux parents épuisés ce que signifient ces signes mystérieux !!
Avec l’enthousiasme des parents néophytes et impatients de voir leur enfant progresser, nous avons voulu appliquer la méthode Doman. Le livre vous fut offert par sa marraine et nous avons foncé ! J'ai fabriqué des quantités de petites pancartes, papa, maman, poupée, que sais-je ... Marie avait alors environ 3 ans et il est clair que la lecture ne l’intéressait pas encore. Elle se lassa vite de reconnaître les cartons que je lui présentais et j’en retirais la leçon qu’il était absolument nécessaire de répondre à sa demande de découverte et non de l’anticiper. Les parents attentifs remarquent qu’à un certain moment, variable je l’ai dit selon chacun, les enfants se mettent à éprouver un intérêt explosif pour la chose écrite. Ils veulent déchiffrer les enseignes, sont intrigués par les panneaux indicateurs, voudraient lire les instructions, s’emparent avec sérieux des livres que lisent leurs parents, interrogent sans cesse ceux-ci pour savoir ce qui est écrit partout. Leurs propres livres ne les attirent plus pour les images mais pour le texte, qu’ils veulent qu’on leur lise en leur montrant les mots, et qu’ils répètent souvent par cœur en suivant les lignes du doigt, faisant « comme s’ils lisaient ». C’est un jeu, qui amuse beaucoup les parents qui y voient une tentative d’imitation des adultes. Mais c’est surtout un signe qu’il serait vraiment dommage de négliger car alors l’enfant motivé et très désireux de franchir cette étape, est capable d’apprendre à lire en un temps record, et surtout de le faire très bien. La qualité de son apprentissage sera alors telle qu’il deviendra très vite un vrai lecteur, qualité que l’on a beaucoup de mal à créer ensuite pour les enfants qui auront abordé la lecture trop tard, et donc, laborieusement.

* Proposition d'utilisation des lettre rugueuses: Voir sur le blog de Croi'yous

dimanche 17 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -11-

 L’apprentissage de l’écriture commence très tôt avec de nombreux exercices sensoriels. En effet, pour être capable d'écrire, un enfant doit développer une double aptitude: il doit apprendre la forme des lettres et leurs sons correspondants, et il doit développer l'aptitude musculaire nécessaire pour l'utilisation du crayon et sa maîtrise. Les premiers exercices ont pour but de lui faire acquérir les pré-requis nécessaires pour développer ces aptitudes.     
 Une habitude de l’écoute attentive rend l’enfant capable de percevoir des différentes subtiles entre le son des lettres. La reconnaissance des différentes formes géométriques, sous forme de solides d’abord, sphère, cylindre, cube etc… puis sous leur forme plane, lui fait prendre conscience plus facilement des formes caractéristiques des lettres de l’alphabet. La manipulation des formes planes se fait grâce à des plateaux en bois représentant différents types de triangles, des rectangles de tailles différentes, des polygones variés, des cercles, des figures irrégulières à quatre côtés et des figures aux courbes diverses. Chaque forme a un bouton de préhension qui permet à l'enfant de la bouger à l'extérieur et à l'intérieur de son cadre en bois.  


 Au début, il réalise ceci comme un puzzle. Ensuite il assemble les formes en bois avec les formes similaires sur des cartes imprimées. Le premier ensemble de cartes présente chaque forme imprimée dans un bleu plein. Le deuxième ensemble possède la forme représentée avec un tracé épais de crayon bleu, le troisième enfin offre les formes dessinées par une ligne fine de crayon bleue. L'enfant associe les formes en bois aux trois ensembles de cartes, il fait petit à petit la transition d'une forme solide à une forme tracée avec un crayon. C'est une préparation efficace à la reconnaissance des formes différentes des lettres et des chiffres écrits. L’activité développe non seulement la prise de conscience des formes mais aussi le vocabulaire. 


Enfin cet exercice s’accompagne d’un développement de la préhension fine, que l’on enrichira par une autre activité: celle de l’arbre à boulons. Là, il s’agit de visser sur un arbre de bois différents boulons de tailles différentes. Le développement de la préhension fine est un stimulant nécessaire à l’apprentissage de la tenue correcte du crayon, car il permet la musculation des doigts, et le développement d’une certaine agilité.
L’erreur que commettent de nombreux jeux éducatifs « à l’imitation» de Montessori est d’offrir aux enfants des jeux dans lesquels les systèmes de préhension sont trop gros pour leurs petits doigts et font travailler toute la main, ou bien de mêler formes et couleurs dans les jeux du type encastrement des formes, alors qu’il est nécessaire que l’enfant concentre son attention sur la découverte des formes. Ainsi les plateaux d’encastrement sont blancs et les formes uniformément bleues, pour ne pas le distraire de l’objectif principal, la reconnaissance des formes.


samedi 16 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -10-


Les premières étapes: la stimulation des sens
           Avant 2 ans l’enfant va se passionner pour le matériel sensoriel qui l’aide à distinguer, à classer et à associer une nouvelle information à ce qu'il connaît déjà. Le Dr. Montessori pensait que ce processus était le départ d'une connaissance consciente puisque l'intelligence se concentre sur les impressions procurées par les sens.  La tour rose*, ensemble de dix cubes de taille graduée de un à dix centimètres de côté, va lui apprendre le concept des trois dimensions. Il est important que tous les éléments soient de même couleur, forme et matière, et que les cubes aient une certaine densité. Il faut éviter le polystyrène car la notion de poids fait partie de l’apprentissage. Pour effectuer l'exercice, l'enfant doit reconnaître la graduation en taille et construire la tour en commençant avec le plus grand cube et en plaçant finalement le plus petit tout en haut. L'exercice est autocorrectif parce qu'un élément placé dans un ordre incorrect serait immédiatement visible et pourrait faire tomber la tour. 

 Les dix barres rouges, de dix centimètres à un mètre de longueur, l’escalier vert (ou marron), groupe de parallélépipèdes sont des exercices complémentaires qui font découvrir la longueur et le volume. 

 Dans le genre "jouet étiqueté pédagogique" : une copie de la Tour Rose par un fabricant de jouets qui offre à l'enfant trop de critère, et brouille l'apprentissage : couleurs, formes (étoile, triangle), taille, lecture, dessins, il faut rester sobre et s'en tenir aux recommandations de bon sens de Marie Montessori !

On stimulera ainsi tous les sens, le toucher grâce à un ensemble de formes de toutes sortes, sphère, cube, anneau, cylindre … chaque forme existant en différents matériaux, fer, bois, plastique, liège… Le tout est enfermé dans une petite poche dans laquelle l’enfant puise sa main et tire un objet au hasard. Il doit annoncer à l’aveugle ce que c’est. Au début il devra identifier les formes, puis les matériaux, puis être capable de trouver au toucher une forme précise demandée par l’adulte. La boîte à odeur comprend au début quelques parfums faciles à identifier, puis peut se compliquer quand l’enfant grandit. Les jeux auditifs vont lui permettre de deviner différents sons, et ce type d’exercice est lui aussi de longue haleine car on peut imaginer toutes sortes de sophistications des bruits. Le principe d’avoir à reconnaître des sons enregistrés sera repris plus tard pour l’étude des instruments de musique, du chant des oiseaux ou des bruits de la nature. 
La sensibilisation aux couleurs se fait grâce aux palettes colorées dont je parlais plus haut. La première introduction se fait avec six plaquettes : 2 rouges, 2 bleues, 2 jaunes. Toutes les plaquettes ont la même taille, forme et texture. Elles se distinguent seulement pour des couleurs très contrastées. Au cours de cet exercice, l'enfant forme des paires et apprend les noms correspondants.  Ou bien il donne à l’adulte la plaquette correspondant à celle que ce dernier lui montre. L'exercice sera progressivement rendu plus difficile en ajoutant graduellement d'autres paires de couleurs. Finalement, l'enfant devrait être capable d'associer et de nommer onze paires distinctes. À l’étape suivante l’enfant va découvrir les tons et la graduation des couleurs. Chacune des onze teintes existe en effet en huit tons différents du plus clair au plus foncé. L’enfant doit donc distinguer l’intensité des tons et être capable de remettre les plaquettes dans l’ordre. La manipulation des couleurs est très enrichissante et les arrangements produits ont le double mérite de former à distinguer des nuances infimes et aussi de développer le goût d’un agencement harmonieux. L’ensemble de toutes ces plaquettes forme un arc-en-ciel vraiment superbe.

* ANNEXE
Fiche technique du site Makimura 78
Comment présenter la tour rose ?

1-Il faut d’abord que l’enfant aille chercher le tapis et le mettre là ou il désire travailler à l’endroit désiré. Votre enfant doit apprendre à tenir son tapis verticalement à deux mains. Pourquoi vous allez me demander ? Afin que l’enfant apprenne à ne rien faire tomber sur son passage. Il doit s’appliquer dans sa démarche, afin de ne pas déranger ses camarades qui travaillent aussi.

2- Votre enfant doit dérouler doucement son tapis.

3- Après avoir préparé son « plan de travail », votre enfant doit aller chercher la tour rose. La tour rose doit être exposée dans l’ordre. L’enfant devra ainsi prendre les plus petits au plus grand cube.
4- Il les dépose dans le désordre sur le tapis

5- prendre le plus gros cube et le poser au centre du tapis
6- prendre le plus gros de ceux qui restent et le poser au-dessus du premier, bien au centre
7- continuer ainsi jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cubes
8- admirer la tour
9-  défaire la tour en enlevant les cubes un par. L'enfant doit s'appliquer à ne pas les faire tomber
10- votre enfant peut refaire l'exercice autant de fois qu'il le souhaite
11- l'activité terminée, il doitranger les cubes à leur place, en les transportant comme au début, un à un et dans l’ordre
12- rouler le tapis et le ranger à sa place en le transportant comme au début.

Variantes :

- faire la leçon à 3 temps (vocabulaire : gros, petit)
- la tour peut également être bâtie horizontalement

vendredi 15 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -9-


 Les premiers exercices de la vie courante utilisent la capacité qu’a l’enfant de se consacrer avec une attention très soutenue à un exercice en apparence inutile. Lorsqu’il construit, puis écrase et recommence sans fin un château de sable, refusant en général avec la dernière énergie l’aide de l’adulte qui voudrait lui montrer comment faire un beau château, avec douves, créneaux et pont-levis, lorsqu’il gribouille avec une touchante application des traits sans suite sur une feuille s’obstinant à ne pas reproduire le si joli modèle, pourtant bien simple que lui a dessiné l’adulte, l’enfant obéit à des motivations qui lui propres et qui correspondent à une étape de son évolution. Il n’a cure d’esthétique ou de vraisemblance, cela viendra plus tard, il apprend la précision, la concentration, il muscle ses mains ou ses doigts, il développe sa coordination.
C’est ainsi qu’il peut passer des heures à transvaser de l’eau d’une cuvette dans un seau, obstination que l’adulte attribue au plaisir qu’il prend à se mouiller, mais qui répond à son besoin d’atteindre un objectif pour lui difficile, bien verser chaque verre d’eau pris dans le seau dans la cuvette, et pas à côté. Comme il apprend, certes, il y a des ratés, et l’adulte pense qu’il le fait exprès pour la joie d’être inondé, mais l’adulte lit tous les événements et réalise très rarement le degré d’évolution réel de l’enfant. Particulièrement le parent d’un premier né qui anticipe toujours avec impatience les capacités de son enfant. Il ne le fait pas par orgueil ou par inconscience, au contraire, il a le plus souvent la volonté de l’aider, de lui apprendre des choses. Mais restons lucide que voulez qu’évoque un créneau à un enfant de trois ans qui n’a jamais vu un vrai château fort, ou qui s’il en a vu un n’a pas pu  retenir ce détail trop pointu ? Les douves à la limite pourront l’intéresser car il y verra matière à transporter de l’eau pour les remplir, constatera déçu qu’elle disparaît, écoutera attentif l’explication qu’on lui donne sur ce mystère, et s’en souviendra intuitivement plus tard.

jeudi 14 juin 2012

L'ERE PONTESSORI -8-

Il y a ensuite les jouets que je dirais commerciaux, qui correspondent à des modes de consommation. Je n’ai pas l’intention de porter un jugement de valeur sur ces indispensables objets de consommation qui relancent chaque année l’industrie du jouet vers de nouvelles inventions. L’enfant scolarisé voit ses copains arborer fièrement les derniers avatars vantés de plus à grand renfort de publicité qu’il faudrait être bien sourd pour ne pas entendre. Les parents sont obligés, peu ou prou d’en passer par là, et il n’y a aucune parade, sauf à conjuguer de façon plus qu’improbable l’enfant non scolarisé et l’absence de télévision à la maison. Avouez que c’est un comble ! Cette situation nous a bien sûr éviter d’avoir à sacrifier aux rituels de la mode, avec toujours une vague mauvaise conscience, même si, a priori la cause semble juste. N’avons-nous pas frustré nos fillettes en les privant de Barbies ou autre … Vu l’usage qui en est fait dans les familles, ces jouets étant faits pour se succéder le plus rapidement possible, nous avons apaisé rapidement nos scrupules en nous disant que l’avenir nous donnerait la réponse. Il ne semble pas que, parvenues à l’âge adulte elles en aient gardé une amertume particulière, seuls quelques petits regrets ponctuels qu’elles énoncent aujourd’hui avec amusement, sur le ton de l’anecdote, voire du souvenir d’enfance
Il y a enfin, et c’est d’eux que je voulais parler, les jeux dits pédagogiques. Ceux qui, inspirés de près ou parfois de très loin, des principes de la pédagogie Montessori, offrent à ceux qui les achètent une bonne conscience en prime. Ce ne sont sans doute pas les plus vendus sauf pour le tout-petit qui voit s’entasser dans son berceau toutes sortes de faux livres et  autres jouets supposés stimulants, égrenant joliment tintement ou crissements, mélangeant les couleurs et les formes pour théoriquement l’éduquer. Oui mais voilà, il y a à ce propos un double malentendu qu’il est sans doute cruel de vouloir dissiper, mais ces modestes lignes ne nuiront en aucune façon à l’industrie du jouet pédagogique, je peux donc les écrire par acquis de conscience. Le premier problème est que le matériel préconisé par Maria Montessori, encadrements, encastrements, tri etc. … doit impérativement être sobre pour ne présenter qu’un type de difficulté à la fois à résoudre et s’il est ludique ce n’est pas, par définition un jouet. C’est un matériel d’apprentissage, qui doit obéir à certains impératifs de taille, de couleur, de commodité, impératifs qui le ne le rendent pas forcément très attirant pour les parents.  Or le parent reste l’acheteur, et les industriels doivent séduire son sens compliqué de l’esthétique, plutôt que d’assurer  à l’enfant un outil efficace. 

Alors ils multiplient les fioritures, surchargent le jouet, commettent de véritables hérésies pédagogiques. Qui en a cure ? L’important est que l’objet soit acheté, et il l’est d’autant plus volontiers qu’il « fait » sérieux » tout en étant joli. Et c’est de ce premier travers que découle le second problème que tout parent censé a constaté avec étonnement, l’attribuant à la versatilité de son enfant. Ce dernier, mis en présence de la petite merveille, heureux de la découverte s’intéresse quelque temps au nouvel objet, le tourne, le tire, le dépèce volontiers si c’est possible puis l’abandonne. Dans le meilleur des cas, et alors finalement le jouet remplit son office envers et contre les adultes, il lui trouve une destination incongrue, qui alarme les adultes, mais qui au moins a le mérite de satisfaire sa soif d’apprendre et de toucher. Car non seulement le matériel Montessori doit obéir à des impératifs précis de stimulation des sens, mais en plus il ne doit pas être utilisé à tort et à travers. Donner à l’enfant un matériel de tri sans lui expliquer précisément ce qu’il doit en faire, sans l’aider au début, sans le féliciter quand il parvient au résultat recherché, sans l’aider à corriger ses erreurs quand il en fait, contredit le principe de base de la méthode qui dit que « Tout travail commencé doit être Préparé - Réalisé -Terminé -Évalué - et éventuellement corrigé en cas d'erreur ». Alors loin de moi l’idée de culpabiliser les parents qui achètent de tels jouets à leurs enfants, mais n’imaginez pas que vous leur fournissez un outil d’apprentissage, cela reste un jeu, et si votre enfant lui invente une autre destination, c’est qu’il aura trouvé de lui-même un usage sans doute plus profitable pour lui à ce stade de son développement. N’en soyez pas contrariés, c’est bon signe !

mercredi 13 juin 2012

L'ERE MONTESSORI -7-

J’ai le souvenir d’avoir fait tous ces bricolages alors que Marie riait en contemplant les cubes de polystyrène colorés pendu sur un cintre de bois qui tenait lieu de mobile au dessus de son berceau. «En ce temps-là », même les mobiles n’étaient pas très répandus dans le commerce, et j’avais préféré confectionner ce montage léger plutôt qu’acheter un décor plus destiné à plaire aux parents qu’à éveiller l’enfant. Ce fut, d’ailleurs, l’éternel problème des jeux et jouets du commerce durant toute la petite enfance de nos filles. 
 
  Les catalogues de jouets offerts à la convoitise des enfants sont tous basés sur les mêmes critères de provocation d’acte d’achat. En gros on peut les classer en trois groupes. Il y a d’abord les jouets « affectifs », peluches, poupées, doudous, animaux divers. Ces jeux à câliner s’inspirent actuellement de plus en plus des séries télévisées, c’est nécessaire car les tout-petits connaissent de plus en plus tôt Pikachu,, les Digimon ou les Teletubbies*. Mais on trouve toujours des variétés incroyables d’ours et autres agneaux, chiens ou souris, plus destinés à faire craquer les parents qu’à retenir longtemps l’attention des enfants. Je me souviens d’un Noël où nous offrîmes à Marie, âgée de 2 ans, une énorme chatte plus vraie que nature, tenant dans la gueule son petit. L’ensemble était attendrissant, et nous avions craqué ! Au moment magique du déballage, nous attendions avec espoir la réaction de notre fille. Elle fut terrible, l’enfant fondit en larmes, impressionnée par la taille de l’animal, trop réaliste et qui lui fit peur. La peluche fut reléguée dans une caisse sombre d’où elle ressortit triomphalement beaucoup plus tard, redécouverte avec bonheur par sa petite sœur qui n’avait pas comme elle une répulsion naturelle pour tout ce qui avait une consistance de fourrure, vraie ou fausse. Notre sens de l’esthétique ne correspond pas vraiment à celui du bébé, et les enfants s’attachent à de véritables horreurs qu’ils ne quittent plus, négligeant superbement toutes les petites merveilles qu’on leur a choisies avec soin, se faisant en général beaucoup plaisir en les achetant ! Ce n’est qu’à l’adolescence qu’ils deviennent sensibles à l’esthétique des peluches, et c’est souvent l’âge des redécouvertes dans la caisse aux trésors oubliés. 

Dans le domaine des poupées, l’imagination des fabricants n’a aucune limite, et du poupon noir pour parent soucieux de prévenir le racisme chez son enfant, à la poupée « amie » qui parle et se livre à tout un tas de facéties susceptibles d’amuser la fillette (plus rarement le petit garçon, mal ciblé pour ce genre de produit), des couches à changer aux cheveux à peigner. Inutile de me livrer à un inventaire en la matière il vous suffit de vous plonger dans les catalogues du Père Noël au moment des fêtes de fin d’année. Vous y trouverez d’ailleurs l’équivalent pour garçons de la poupée, sous forme de chars ou de guerriers fringants et verdâtres.

* Pardon, je ne suis pas très au courant et mes références datent !!

jeudi 9 décembre 2010

L'ERE MONTESSORI -6-


Nous avons bien sûr appliqué toutes les découvertes Montessori en matière d’aménagement de la chambre de nos filles. Mais il n’y a de nos jours plus rien de très original à organiser cet espace pour que l’enfant s’y sente chez lui. Notre société de consommation a trouvé son compte dans le marché important que représentent les objets adaptés à la taille et aux mains du tout petit. Il ne viendrait plus à l’idée d’aucun parent de priver son enfant d’une brosse à dent miniature, de résister devant un portemanteau ludique, et nous avons tellement adopté cette philosophie que les maisons regorgent d’objets miniature, parfois jusqu’à l’excès.

Mais les apprentissages ne pouvaient se limiter à des tâches ménagères ou à des aménagements agréables mais somme toute bien classiques du cadre de vie. Je me lançais donc avec entrain dans la construction des matériaux de base, que l’on trouve maintenant tout faits via Internet sur le site Maria Montessori en France ou plus simplement encore chez Nathan Pédagogie. Je coupai, collai, peignis, ponçais sans relâche la tour rose, l’escalier vert et les barres rouges. La tour rose, constituée de 10 cubes de 1 à 10 cm d’arête me donna particulièrement du mal. Etant plus pédagogue que bricoleuse, je ne choisis certainement pas la méthode la plus simple pour la confectionner : qu’on en juge. Je jetai mon dévolu sur du contreplaqué de 10, c’est à dire épais de 1 cm. Le premier cube certes ne me posa aucun problème. Mais si vous imaginez que je choisis de réaliser chacun des autres en partant de carrés de la taille voulue empilés en nombre suffisant pour atteindre ensuite la forme cubique, vous comprendrez que le dernier, résultat du collage minutieux de 10 carrés de 10 centimètres de côté, fut assez laborieux. Dans ce contexte, les finitions prenaient une allure de récompense, et  peindre les cubes en rose fut un vrai plaisir.
J’enfilai des barrettes de perles, achetai une scie sauteuse pour réaliser les plateaux d’encastrement, réalisés cette fois en balsa, et non plus en contreplaqué. Il fallut résoudre le délicat problème des systèmes de préhension des formes à encastrer, afin qu’il fût adapté à de petites mains.  Et lorsque je m’attaquai au plateau des étoiles, je butai sur l’épineuse difficulté des étoiles à 10 ou 12 branches. J’avoue avoir oublié celle qui me posa le plus de souci pour sa construction géométrique, mais il me fallu l’aide d’un ami professeur de mathématiques pour faire une figure régulière ! Je construisis aussi maints cadres de bois sur lesquels je fixai des bouts de tissus reliés par toutes sortes de fermetures pour apprendre la préhension fine, boutons, rochets, fermeture éclair et autres lacets. Le meilleur souvenir reste celui de la confection  des plaques du teintier destiné à apprendre à distinguer les nuances les plus subtiles. Je fis des centaines de rectangles de bois, car je voulais avoir mes jeux de couleur en double, et après les avoir munis de baguettes pour en faciliter la tenue, je les peignis avec soin. Il s’agissait, partant d’un blanc à peine cassé par une couleur de base, , d’augmenter chaque fois très légèrement la quantité de colorant afin d’atteindre au bout de 10 plaques la couleur pure. Le résultat était vraiment superbe, et c’est d’ailleurs le seul matériel Montessori que j’ai conservé, ayant offert les autres à une jeune institutrice.